La Recherche Médicale

La recherche en biologie-santé est un des piliers de nos missions universitaires

Cette mission repose sur les vecteurs majeurs que sont les CHU (Centre Hospitalier et Universitaires) et les EPST (Etablissement Public à caractère Scientifiques et Technologiques). Elle s’étend maintenant aux défis de la recherche en soins primaires et de la recherche inter-professionnelle. Elle a vocation à s’ouvrir toujours davantage vers les sciences humaines et les sciences de l’ingénieur par exemple et à s’étendre aussi vers l’ensemble des territoires. Le rôle des doyens de médecine est fondamental dans cette mission, notamment dans la mise en cohérence des politiques de recherche préclinique, translationnelle, clinique, en lien avec la gouvernance des CHU, et des EPST.

Le rapport « La Recherche en santé : une priorité nationale », co-porté par les quatre conférences des enseignants en santé constitue une excellente base. La recherche en biologie-santé doit toujours être envisagée dans sa globalité, de la recherche la plus fondamentale, en amont, à la recherche clinique, déclinaison ultime d’une approche translationnelle, et académique. L’essentiel de la recherche en biologie santé est produit dans des unités mixtes, EPST, INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) et Universités, auxquelles participent de nombreux hospitalo-universitaires.

Pour une Recherche en Santé dynamique et innovante

La Recherche en Santé (Biologie et Santé) française, même si elle reste unanimement reconnue dans certains grands domaines, recule progressivement dans tous les classements. Ainsi, elle n’apparaît qu’à la 16ème position pour l’indice global d’innovation en santé – médecine (2019). Son efficacité et son organisation ont été questionnées par la crise Covid-19 qui a révélé un formidable engagement de terrain, mais aussi une désorganisation et des insuffisances criantes.

Nous sommes tous, médecins, soignants, chercheurs, inquiets de cette dégradation car la Recherche en Santé est le garant d’un système de soins innovant et performant. Ce message majeur est le grand oublié du Ségur de la santé.

La Loi de Programmation Pluriannuelle pour la Recherche (LPPR) est une opportunité unique pour enclencher un cycle de renouveau qui doit avoir l’ambition de faire de la Recherche en Santé une priorité nationale. Pour construire ce renouveau, quatre points clefs justifient des propositions concrètes pour retrouver notre place dans la compétition internationale :

 

  • Le financement de la Recherche en Santé, en chute libre depuis 10 ans par rapport à nos « grands voisins », doit être « réanimé ».

 

✰ Il faut attribuer rapidement au moins 3% du PIB (2.19% actuellement) à l’ensemble de la Recherche avec un renforcement majeur de la part attribuée à la Biologie – Santé (qui est à ce jour avec 18% l’une des plus faible des pays industriels). Dès 2017, avant l’épidémie de Covid, l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) recommandait un effort financier majeur pour la Biologie – Santé en demandant de lui attribuer près de 40% des crédits de Recherche.

✰ Des actions prioritaires comme la recapitalisation urgente de l’ANR et des investissements massifs pour créer des Campus de Recherche en Santé compétitifs sont indispensables.

✰ Cet effort doit s’accompagner d’une présence efficace de la France et de nos chercheurs dans les instances de l’UE qui contribue à l’effort de financement de cette Recherche.

 

  • La coordination de cette recherche doit être revue en proposant une stratégie nationale cohérente et un renforcement de l’organisation territoriale avec le souci permanent de simplification pour le chercheur.

 

✰ La multiplication d’agences et d’organismes pèse aujourd’hui sur notre recherche, ce qui justifie de réfléchir à une « Agence nationale de Recherche et d’Innovation en Santé » comme le Royaume-Uni qui a créé UKRI (UK Research and Innovation). Cet organisme doit créer l’indispensable synergie entre les universités, les organismes de Recherche et les hôpitaux. Le rôle de chacun doit être reconnu en définissant les missions et les objectifs dans une organisation plus performante.

✰ La stratégie territoriale doit faire confiance aux acteurs de terrain, en particulier aux universités et à leurs facultés de Santé, afin qu’elle coordonne l’effort de Recherche notamment grâce au professionnalisme des CHU et des EPST (Inserm, CNRS). Cette stratégie développée dans des écosystèmes territoriaux performants doit favoriser les approches pluridisciplinaires et surtout permettre de ne plus dissocier la Recherche d’amont de la Recherche appliquée (« clinique ») sous toutes ses formes, notamment dans le domaine majeur des soins premiers.

✰ Il faut créer une Recherche académique « stratège » qui favorise une Recherche partenariale public-public et public-privé capable de créer des coopérations, en particulier européennes. La crise Covid-19 a révélé l’importance de ces collaborations, mais aussi la nécessaire souveraineté de notre Recherche dans des domaines stratégiques qu’il faut définir.

 

  • Le renouveau et le renforcement des outils modernes de la Recherche est indispensable en créant des centres experts avec des plateformes compétitives en particulier au sein de l’Hôpital public (CHU).

 

✰ La Recherche en Santé doit bénéficier prioritairement de la transformation numérique pour construire une médecine de précision (6P) intégrant les objets connectés et l’approche algorithmique (IA).

✰ Le développement des plateformes, notamment des entrepôts de données est un enjeu majeur justifiant un effort de formation en imaginant des compétences et des métiers nouveaux (notamment médicotechniques).

✰ Les structures (CIC, CRC, URC) de Recherche appliquée (« clinique ») nécessitent un renforcement avec des moyens spécifiques dans le cadre d’une stratégie nationale et territoriale bien définie.

 

  • Le « chercheur » doit retrouver la confiance et une nouvelle motivation grâce à un ensemble de mesures d’attractivité. Nous devons garder et « choyer » nos chercheurs dans une nouvelle dynamique de Recherche en Santé.

 

✰ La réorganisation des équipes de recherche doit permettre de construire des masses critiques suffisantes avec des moyens (outils) et des financements adaptés.

✰ La rémunération et l’évolution de carrières de nos chercheurs doivent être activement revalorisées, en favorisant les mobilités (notamment internationales).

✰ La simplification des procédures, notamment pour la Recherche appliquée (« clinique ») est indispensable, car cela est faisable, comme l’a montrée la crise Covid-19.

✰ Les procédures d’évaluation doivent être phasées et simplifiées.

✰ La formation à la Recherche et par la Recherche doit être favorisée par différents moyens notamment les doubles cursus MD-PhD, en développant les relations internationales.

✰ La carrière hospitalo-universitaire doit être revitalisée pour redevenir attractive. Ce statut spécifique permet une expertise de soins, de formation et de Recherche qui est indispensable pour développer la Recherche en Santé, à condition de revoir les conditions d’exercice et l’organisation du travail. Il est impératif de valoriser du « temps recherche » pour les HU et pour les Hospitaliers qui s’investissent dans leur mission.

Tous ces éléments permettront de redonner à la recherche médicale française (Biologie et Santé) une aura internationale qui est nécessaire pour favoriser les collaborations et l’innovation.

Une recherche en santé forte et souveraine est le garant d’un système de santé performant, au service de nos citoyens.

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